Quand j’ai quitté le domicile familial en 1987 pour mes études universitaire, ma mère m’a donné son plus vieux livre de recettes. Comme son petit gars ne savait pas du tout cuisiner, il fallait bien un livre de base. Le livre? La cuisine raisonnée, écrit par plusieurs auteurs mais approuvé par le Comité Catholique du Conseil de l’instruction publique. Initialement imprimé en 1926, j’ai la chance d’avoir la huitième édition revue et augmentée de 1959.

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Ce livre enseigne vraiment toutes les bases de la cuisine mais je le regarde surtout pour rire un bon coup. C’est fou comme le Québec a (heureusement) changé en 50 ans. Voici l’avant-propos. Mesdames, s’il y a des âmes sensibles, je vous suggère de fermer cet article immédiatement.

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On parle beaucoup de nos jours des droits de la femme, du rôle qu’elle est appelée à jouer, même sur la scène politique, pour le relèvement de la société. Les uns rient, les autres crient, la plupart gémissent, devant le nouvel état de choses. La femme avertie comprend pourtant qu’elle n’a pas à évoluer sur un autre théâtre, ni à assumer d’autres charges, pour satisfaire aux exigences modernes sans attirer les anathèmes des traditionalistes. Elle se rend vite compte que nulle part elle ne trouvera à utiliser plus avantageusement les ressources de son coeur, de son esprit et de sa volonté, à satisfaire plus largement son besoin de se donner aux siens, d’être utile à la société, de servir son pays, qu’en son propre foyer.

Et dans son foyer, le problème qui sollicitera tout d’abord son attention, c’est la cuisine: la cuisine où si vivent les Heures de l’Office familial. La mère de famille a conscience de tenir entre ses mains, la vie et la santé des siens, elle a l’honneur de participer chaque jour aux mystérieuses fonctions de la recréation de l’humanité. La cuisine lui apparaît ce qu’elle est vraiment: une science et un art, un important facteur dans l’économie sociale, une fonction qui a sa répercussion même sur les faits moraux.

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L’étudiante d’hier aura de véritables jouissances intellectuelles en appliquant ses connaissances d’anatomie, de physique et de chimie à la préparation des repas de sa famille, c’est-à-dire en suivant les transformations que subissent les tissus et les composés chimiques dont sont formés les aliments au cours de leur préparation et après leur absorption par l’organisme. La cuisine est dépendante aussi de la science de l’hygiène. C’est une satisfaction pour la maîtresse de maison de pouvoir, grâce à ses connaissances, prémunir les siens contre de multiples dangers: substances toxiques qui s’introduisent dans les récipients étamés ou métalliques, impuretés de l’eau, microbes que recèlent les légumes crus, mouches infectieuses, préparations dangereuses hors de saison, mélanges nuisibles d’aliments, fraudes alimentaires, périls engendrés par la malpropreté et le désordre, par la consommation de certains aliments par certains malades, etc.

La cuisine est encore un art et la femme peut y exercer ses goûts esthétiques. Elle a le plaisir non seulement de combiner harmonieusement des saveurs, mais encore charmer les yeux de ses convives par l’agencement des couleurs, l’habile disposition des mets et du couvert.

À cette heure où chacun chercher une heureuse solution aux problèmes pécuniaires les plus inquiétants, l’alimentation est le premier souci d’une famille, d’une région, voire même d’un pays. Voit-on les économies réalisées, si chaque ménagère savait faire un choix judicieux des aliments, d’après ses ressources et les besoins respectifs des siens, si ensuite elle possédait l’art de tout utiliser sans gaspillage? Qui sait si l’action intelligente, concertée des ménagères d’un pays ne ferait pas même disparaître certaines difficultés de l’alimentation familiale, dues à tel ou tel article d’un traité international de commerce, rédigé par la mauvaise foi ou l’imprévoyance?

Enfin, la science de l’alimentation a son influence jusque sur la moralité publique. Que de pauvres ouvriers sont devenus des alcooliques, puis des criminels, pour avoir été des mal-nourris d’abord. Ils ont cherché dans l’alcool le stimulant qu’ils ne trouvaient pas dans leurs repas habituels. Le viel axiome reste vrai: “Mens sans in corpore sano”, une âme saine dans un corps sain. Un affamé est facilement mécontent, un envieux, un travailleur sans ressort, un pessimiste.

D’ailleurs, les savants qui s’occupent de l’alimentation de l’homme sont tous frappés de l’influence que la cuisine peut avoir sur les diverses parties de l’organisme social. Les faits d’alimentation comptent plus qu’on ne le pense dans l’évolution des sociétés humaines et dans la tournure que prennent les évènements de l’histoire. Comment donc la femme se laisserait-elle entraîner loin de son véritable centre d’action? Comment consentirait-elle à dépenser au dehors, et souvent en pure perte, son initiative et son dévouement, quand, à sa portée il y a tant de beauté, de puissance pour le bien, quand, sans rien perdre de son charme, elle pourrait faire de l’action sociale à jet continu et prendre une valeur économique incontestable?

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Une nouvelle forme de responsabilité s’impose aux femmes d’aujourd’hui. Elles n’ont plus le droit d’être ignorantes. Comme leurs aïeules, elles ont à coeur la prospérité de leur maison et de leur pays, la santé de leur famille et l’amélioration de la société. C’est par des moyens tout différents néanmoins qu’elles doivent prouver qu’elles n’ont rien perdu des vertus ancestrales, que leur coeur de chrétiennes est aussi grand, aussi charitable et qu’il a le même courage, la même dignité, la même ardente fidélité au devoir.

C’est en la comprenant mieux qu’elles rempliront la tâche assignée par Dieu, dès le commencement, à la femme dont Marie, la Vierge admirable, a magnifié, en les sanctifiant, les plus humbles détails.

En résumé, selon l’avant-propos de ce livre, la femme ne devrait pas perdre son temps à essayer de faire autre chose que de s’occuper de la cuisine. Ce serait une perte de temps et un gaspillage de talent. C’est même à cause de femmes qui font mal à manger qu’il y a des alcooliques et des criminels. Les femmes n’ont plus le droit d’être ignorantes… mais ça nous arrangerait quand même qu’elles le restent just assez.

Heureusement, la société (ou au moins une partie d’entre elle) a évolué au cours des 50 dernières années. Sur cette note cocasse, il nous fait plaisir de vous souhaiter un bon temps des Fêtes. Mangez bien, buvez avec modérations, soyez prudents dans vos déplacements et semez de l’amour autour de vous.

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